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Hamid Bouchikhi, doyen de Solbridge International School of Business (Corée du Sud)

Hamid Bouchikhi, doyen de Solbridge International School of Business (Corée du Sud)

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Tribune. Pour une gestion participative de la deuxième phase de la pandémie

Par Hamid Bouchikhi le 01/08/2020 à 18h45

Face à la recrudescence des cas de contamination au Covid-19 et au risque d’une deuxième vague, Hamid Bouchikhi apporte son point de vue. Membre de la Commission spéciale sur le modèle de développement, il propose une nouvelle voie de lutte intégrant une participation accrue de la population.

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Expert en entrepreneuriat et innovation managériale, Hamid Bouchikhi est doyen de Solbridge International School of Business basée à Daejeon en Corée du Sud et membre de la Commission spéciale sur le modèle de développement. Auparavant, il a été professeur à l’ESSEC où il a fondé et développé le centre d’entrepreneuriat et a occupé différents postes de responsabilité. Il plaide ici pour une gestion participative de la deuxième phase de la crise sanitaire. Voici sa tribune:

 

La réaction ferme et précoce des autorités marocaines au début de la crise sanitaire a protégé les citoyens et a été unanimement saluée au niveau mondial.

 

La fermeté dans la prise de décision, par les autorités centrales, et la bienveillance dans la mise en œuvre, par les autorités locales, ont généré des sentiments de reconnaissance parmi les citoyens, un début de restauration de confiance et, surtout, un sentiment de fierté de montrer l’exemple à des pays que nous avons longtemps tenus pour modèles.

 

Malheureusement, la pandémie persiste. Partout dans le monde, les chiffres montrent une deuxième vague, dont on ne peut connaître ni la gravité ni la durée.

 

Les ressources matérielles, sociales et psychologiques qui ont permis la résistance dans la première phase risquent de frôler l’épuisement.

 

La réalité montre, partout dans le monde, que l’État ne peut pas faire face tout seul à une crise de cette ampleur. Là où l’État, comme en Suède, s'est abstenu d’intervenir et a laissé faire la société, les résultats n'ont pas été meilleurs.

 

Les pays (Corée, Taiwan, Singapour) qui enregistrent les taux les plus bas de propagation du virus, d’hospitalisations et de létalité sont caractérisés par une gestion directive de l’État et une participation très forte de la population à la prévention et à l’auto-signalement des cas suspectés.

 

Au Maroc, la faible participation de la société à la riposte et le relâchement qui a suivi le confinement forcé ont atténué les acquis de la première phase.

 

L'imposition soudaine de blocus à plusieurs villes est une conséquence logique de la faible implication de la population dans la gestion d'une crise qui risque de coûter des milliers de vies et de fragiliser durablement le pays. Les réactions exaspérées de la population à la gestion directive, quelle qu'en soit la bienveillance, sont en train d’épuiser le capital symbolique acquis dans la première phase.

 

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Les enjeux pour notre pays et les limites de la gestion exclusivement directive de la première phase devraient inciter les autorités à considérer la démocratie participative et l’implication citoyenne.

 

Ces concepts sont régulièrement invoqués par Sa Majesté qui invite le gouvernement à mettre le citoyen au centre de l’action et des politiques publiques.

 

L’addition d’une dimension participative au dispositif de la deuxième phase permettrait de:

 

1. Partager la responsabilité de la lutte contre le Covid-19 avec la population et d'éviter à l’État, et aux institutions du pays, de se trouver en première ligne et de devenir une cible facile des mécontentements et des critiques.

 

2. Saisir la crise comme une opportunité d’expérimenter un nouveau mode de conduite du pays combinant un État fort, qui assume ses responsabilités, et une société qui prend, elle aussi, sa part de responsabilité.

 

3. Montrer que le Maroc est capable d’innover dans la deuxième phase tout comme il a été pionnier dans la première.


Sur le plan pratique, les autorités locales pourraient réunir les acteurs associatifs présents sur le terrain pour co-construire des dispositifs locaux de vigilance et d'entraide.

 

Ces dispositifs participatifs seraient déployés partout dans les rues et quartiers des villes et dans les compagnes. Partout et à tous les niveaux, les forces de maintien de l'ordre travailleraient main dans la main avec des citoyens qui se sentent responsables de leur santé et de celle de leurs voisins.

 

Ce faisant, les Marocains pourraient indiquer une autre voie de lutte à d'autres peuples qui subissent une crise dont personne ne sait combien de temps elle va durer ni quel en sera le coût humain, social et économique.