Vidéo. Troubles bipolaires: halte aux tabous et à une certaine stigmatisation

Le360

Mercredi 30 juin, la presse nationale était conviée à une table ronde autour de la bipolarité, un trouble qui touche plus de 60 millions de personnes dans le monde, selon des données de l’Organisation mondiale de la Santé. A l’initiative de Maria El Kissi, plusieurs experts étaient réunis, à Casablanca, pour lever le voile sur cette maladie.

Le 04/07/2021 à 11h38

Organisée par Maria El Kissi, cette rencontre est la première d’une série d’événements centrés sur la santé mentale au Maroc.

Pour aborder la bipolarité était présent le Pr. Driss Moussaoui, professeur marocain de psychiatrie, et l'un des premiers psychiatres au Maroc. Il est également le fondateur du département de psychiatrie de la Faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca. Il y avait aussi la Pr. Nadia Kadiri, psychiatre, psychothérapeute et sexologue, responsable de l’Institut Marocain de Thérapie Cognitive et Comportementale à Casablanca, ainsi que Boushra Benyezza, fondatrice de l’art thérapie au centre psychiatrique Ibnou Rochd.

Cette table ronde a été l’occasion de lever des tabous autour de la maladie et d’aborder, entre autres, des éléments tels que l’origine de la maladie, ses symptômes, sa prise en charge et son diagnostic, ses options de traitement disponibles, l’étau social autour de la maladie mentale, ainsi que les ressources proposées par les experts afin d’accompagner au mieux les malades et leurs proches.

«La maladie mentale est de moins en moins taboue au Maroc. Maintenant, partout dans le monde, la stigmatisation vis-à-vis des malades mentaux, de leurs familles, des médicaments psychiatriques, des psychiatres et des institutions psychiatriques, est une réalité contre laquelle il faut lutter», a expliqué le Pr. Driss Moussaoui, professeur marocain de psychiatrie, qui a été l'un des premiers psychiatres au Maroc et fondateur du Département de psychiatrie de la Faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca.

Le trouble bipolaire est décrit par les spécialistes comme étant un trouble de l’humeur, causé par un trouble de cycle (hormonal, biologique, du sommeil…). Le patient atteint de bipolarité alterne très schématiquement entre des phases de dépression (down) et des phases d’excitation intense, appelés accès maniaque (up).

«Ce qui fait le diagnostic de la maladie, c’est l’accès maniaque. Quand cela se produit, la personne va aller «à 300 à l’heure» dans ses pensées, dans sa manière de fonctionner, elle va s’engager dans des achats inconsidérés, même si elle n’a pas les moyens. Tous les instincts sont multipliés, le malade va s’engager dans des activités sexuelles, de drogue, d’alcool, de manière dangereuse pour lui», a expliqué la Pr. Nadia Kadiri, psychiatre, psychothérapeute et sexologue et responsable de l’Institut Marocain de Thérapie Cognitive et Comportementale à Casablanca. 

Selon cette spécialiste, l’état maniaque est destructeur, et dans les cas les plus graves, il peut se traduire en état délirant: «il y a des gens qui vont se prendre pour Dieu ou pour le prophète… Quand les gens reviennent à leur état normal, ils se rappellent de ce qu’ils ont fait et souffrent du regard des autres, l’état maniaque est destructeur», confie la Pr. Nadia Kadiri.

Cependant la spécialiste tient à se faire rassurante: dans 90% des cas, quand les malades sont diagnostiqués, qu’ils comprennent leur maladie et qu’ils suivent un traitement, ils sont "stabilisés" et peuvent mener une vie tout à fait normale.

Preuve en est, l’initiatrice de cette table ronde, Nadia El Kissi. Bipolaire, cette femme, qui a su faire preuve de courage, a relaté son parcours dans son livre, «Ma vie... L’obscure clarté», où elle aborde les trois bouleversements majeurs qui ont donné un cours totalement différent à sa vie: une dépression, un cancer du sein et puis un diagnostic de bipolarité posé. 

«Les personnes bipolaires se cachent de la maladie par peur que l’étau social se resserre. Je suis une personne qui a un trouble de l’humeur mais qui l’a accepté, qui s’est prise en charge et qui, aujourd’hui, a une vie normale. Mon but à travers mon livre, à travers cet événement, c’est de déstigmatiser la maladie et de transmettre un message aux sujets sains, d’être bienveillants avec les personnes atteintes de la maladie», explique Nadia El Kissi.

Aujourd’hui mère de deux enfants, elle a rappelé, lors de cette table ronde, l’importance du rôle que joue l’entourage familial dans le combat contre cette maladie. 

Nadia El Kissi est une femme engagée, qui œuvre pour la promotion de l’importance de la santé mentale au Maroc. En plus de cet événement, elle poursuit une mission de bénévolat aux côtés de l’artiste Boushra Benyezza au sein du centre psychiatrique Ibnou Rochd. Elle est également membre fondateur de l’association «Les Amis du Ruban Rose», qui a pour objectif d’accompagner et de soutenir les femmes atteintes du cancer du sein.

Par Mehdi Heurteloup et Khalil Essalak
Le 04/07/2021 à 11h38