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Adieu l’enfance!

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Il était notre champion à nous, nous les pauvres, les indisciplinés, les tricheurs, les petits, nous les basanés, nous les nuls, qui avions tant de revanches à prendre, tant d’obstacles, d’épreuves et de peurs à surmonter.
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J’ai été touché par la mort de Diego Maradona. Diego, c’est une histoire personnelle. La moitié au moins de la planète considère Diego comme une affaire personnelle, intime. C’est un membre de la famille qui est parti. C’est même plus que cela: une partie de nous, je veux dire de moi, c’est mon enfance qui est partie pour de bon.

Diego était petit et gros. Les petits et les gros ne font rêver personne. Mais voir ce petit et gros dominer les plus grands, ça représentait une victoire pour l’enfance. C’est l’enfant qui dribblait l’adulte et le dominait.

Diego était pauvre, indiscipliné, roublard, voire carrément tricheur. Il était génial mais pas sérieux du tout. Son jeu comme sa personne étaient irrationnels.

Toutes ces caractéristiques faisaient de lui l’archétype du champion des pauvres, de ceux d’en bas, le champion des écrasés et des opprimés. Notre champion à nous, nous les pauvres, les indisciplinés, les tricheurs, nous les enfants qui avions une revanche à prendre (sur les adultes), et nous les basanés, nous les nuls, nous les mal-nés, qui étions si mal partis dans la vie et avions tant de revanches à prendre, tant d’obstacles, d’épreuves et de peurs à surmonter. Nous qui étions programmés pour perdre mais qui rêvions, malgré tout, de gagner, c'est-à-dire de renverser l’ordre établi, de défaire tous les pronostics. Nous qui rêvions de nous imposer envers et contre tous, en dépit de tout bon sens.

Maradona était ce rêve.

La génération d’avant avait Mohammed Ali ou «Brissli» (Bruce Lee), voire «Pili» (Pelé) ou «Chi» (Guevara). Nous avions, quant à nous, «l’Bob» (Marley) et Diego.

Avec une guitare, un ballon, un cigare, un fusil ou un nunchaku (arme de combat), ces personnages lointains n’étaient pas les autres mais nous. Ils étaient nous. Nous ne pouvions pas rêver de ressembler à Clint Eastwood, Johan Cruyff, John Travolta, parce que trop beaux, trop Européens ou Américains. Diego, si! Nous ne pouvions pas être plus petits, plus pauvres, plus basanés, plus désavantagés, plus imparfaits.

Diego est le sportif le plus aimé de ceux qui n’aiment pas forcément le sport. Parce qu’il ne représente pas que le ballon. Il était un poème. Une revanche. Il était touchant même quand il marquait de la main, ce qui est vilain. Il était touchant avec ses doigts d’honneur, avec ses histoires de drogue et de sexe, avec ses problèmes de santé, avec son sourire d’éternel enfant, son short trop court, son port toujours fier et altier, ses kilos de trop, ses phrases lunaires.

Diego n’était pas mon idole mais mon enfance. Il ressemblait aux bad boys du coin, il jouait comme nous dans les terrains vagues, il faisait des bêtises et souriait comme moi quand je volais une boule de billard ou le dernier album de «Rahan» (une BD mythique où le héros ressemblait à un Maradona oxygéné de l’âge de pierre) et que j’étais pris la main dans le sac.

Voilà, c’était Maradona. Il est mort, mais je compte malgré tout sur son souvenir pour continuer de prolonger mon enfance.

Par Karim Boukhari
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