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Ce que le derby Raja Vs Wydad dit de nous

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Les manifestations au Liban sont à l’image de sa société, aussi bien que le football marocain est à notre image. En perte de vitesse, de citoyenneté et avant tout de politesse.
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Attablé à la terrasse de  mon boui-boui habituel– un gramme de trottoir annexé–, je suis happé par une dispute des plus plates. Sans arguments valables, certes, mais bien enflammée. Un débat entre deux supporters du Wydad et du Raja. Enfin débat est un grand mot, comme tous les intégristes de la terre, le Jrada (surnom des fans des Verts) et le Bouhamroun (pour les Rouges) ne discutent pas, ils hurlent. Et le sujet, bien évidemment, n’est autre que le prochain derby de la ville (pas si) blanche, prévu le 2 novembre prochain au complexe Mohammed V.

Pour ceux qui l’ignorent, les deux clubs casablancais vont s’affronter en huitièmes de finale de la Coupe Mohammed VI (coupe arabe des clubs champions). Une première dans l’histoire des confrontations des deux équipes. L’on pourrait fêter ça, glorifier l’équipe chère à notre cœur, vanter les mérites des joueurs, mais au lieu de cela, nos deux fanatiques s’échangent des menaces et se donnent rendez-vous à l’extérieur du stade pour le VRAI match. De la haine gratuite, et ma foi hilarante, pour une simple rencontre de football.

Mes yeux s’écarquillent, je transpire à grosse goutte, la voici qui arrive… la maladie de l’arbitre qui se sent malgré lui concerné! L’on ne m’a absolument rien demandé, mais l’envie me titille d’intervenir et de leur expliquer qu’avec cette violence, ils mettent en otage tous les citoyens de cette ville, qu’ils empêchent les vrais amoureux du Raja et du Wydad d’assister aux matchs à Donor, qu’ils risquent la prison, pis encore, de finir comme le supporter de l’AS FAR tué le mois dernier sur l’autoroute Rabat-Casablanca. Grand bien m’en fasse, je me suis rétracté préférant suivre sur les réseaux sociaux, comme grand nombre de citoyens marocains (et d’êtres humains sur Terre), les événements qui ont eu cours au Liban depuis quelques jours.

Et le temps d’une vidéo de 20 minutes, je découvre à quoi pouvait ressembler... le public idéal d’un derby. Des milliers de personnes, regroupées dans un même espace, disciplinées, polies et souvent souriantes. Il y avait des hommes, des femmes et des enfants, visiblement heureux et fiers d’être là. Il y avait de l’enthousiasme, des slogans correctement mis en musique, des tifos... pardon, des banderoles et des pancartes à l’orthographe correcte. Il n’y a pas eu la moindre bagarre, pas le moindre bus cassé, pas de policier à soudoyer pour entrer gratuitement.

Soudain, une idée me vînt à l’esprit: créer un groupe Facebook. Non pas pour disserter de mes opinions politiques, mais pour demander aux citoyens libanais s’ils voudraient bien organiser leur manifestation du 2 novembre prochain dans un de nos stades?

Cette manifestation est à l’image de la société libanaise, aussi bien que le football marocain est à notre image. En perte de vitesse, de citoyenneté et avant tout de politesse. A l’instar de ce fumeur qui voit sa bonne humeur prendre la fuite un premier jour de Ramadan, nos supporters sont en manque face à des matchs sans saveur. Alors chacun y va de son épice, et mille effluves ne font pas une forêt blanche, mais une cité noire.

Ce public enragé dérange, mais qui pourrait donner l’exemple? Certainement pas nos politicards qui jouent aux chaises musicales, ni l’économie en berne qui met nos jeunes au chômage, ni encore nos footballeurs qui ne sauraient s’exprimer sur un sujet sans fautes grammaticales.

Ce public donc est à l’image de ce que nous avons voulu bien faire de cette société. Ce qui dérange en fait, c’est que ces supporters mettent en avant et aux yeux des médias internationaux une réalité que nous tentons tant bien que mal d’ignorer tous les jours. Pourtant c’est là sous nos yeux… ce gardien qui se bat pour qu’un autre ne lui prenne pas ses places de parking, cet ingénieur qui enrage de gagner si peu après de longues études compliquées, cet artiste que les sponsors ne regardent même pas car ce n’est que de l’art, ce médecin qui n’en peut plus de soigner sans matériel… Quel point commun entre chacun d’eux? Tous supportent un club, tous défoulent leur hargne et leur frustration sociale lors d’un match, car la violence n’a pas de classe sociale.

Par Adil Azeroual
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