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Brahim Ghali - Chef du Polisario - Kaïs Saïed - Président tunisien - Tunisie - Ticad 8 - Tunis-Cartage - Aéroport de Tunis

Le président tunisien Kaïs Saïed reçoit le chef du Polisario, Brahim Ghali, sur le tarmac de l'aéroport de Tunis-Carthage, le 26 août 2022. 

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Kaïs Saïed, ou les dérives d’un président sous influence

Par Jalal Drissi le 31/08/2022 à 17h04

Déployer le tapis rouge au «capo» des mercenaires polisariens est une décision ahurissante. Il y a donc lieu de s’interroger sur les ressorts de la personnalité de Kaïs Saïed. On ne peut comprendre le «fonctionnement» de Kaïs Saïed si on n’examine pas le profil de son éminence grise. Un certain «Ridha Lénine».

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Depuis l’indépendance de la Tunisie en 1956, jamais un président tunisien n’a fait preuve d’un tel abandon de souveraineté de son pays comme Kaïs Saïed. 

 

Bourguiba, Benali (malgré ses dérives autocratiques), Marzouki et Caid Essebsi ont tous tenu à préserver la souveraineté de la Tunisie. Ils ont résisté face aux ingérences et agressions, y compris celles du dictateur Khadafi, au sommet de sa mégalomanie et souvent de connivence avec des généraux algériens.

 

Concernant le Sahara marocain, les présidents tunisiens avaient souvent tenté des médiations (systématiquement rejetées par la junte algérienne) tout en affirmant leur neutralité. Mais en leur âme et conscience, ils étaient tous convaincus de la justesse et du bien-fondé de la cause marocaine.

 

Un président à la personnalité déjantée, atypique

Kaïs Saïed, lui, a bouleversé cette tradition de sagesse dans la politique étrangère tunisienne. Déployer le tapis rouge au «capo» des mercenaires polisariens armés et  financés par les généraux algériens et qui leur offrent,  en plus, le territoire algérien comme base arrière de repli,  est une décision ahurissante. 

 

Il y a donc lieu de s’interroger sur les ressorts de la personnalité de ce président atypique, certains disent déjanté. Il devient de plus en plus illisible, opaque pour ne pas dire brouillon. Non seulement pour l’opinion publique tunisienne, mais aussi pour la communauté internationale. Certains parlent même d’amateurisme. 

 

Il faut aller au-delà de la «photo complaisante et convenue» du bonhomme, qui serait sage, pondéré et lucide (?) pour voir ce qu’il y a derrière.

 

Il est de notoriété publique que Kaïs Saïed (64 ans) n’est pas très inspiré, ni créatif sur le plan de la pensée politique. Sa stratégie politique et son image ont été façonnées notamment par son «maitre à penser» et son «mentor», désigné ainsi par toute la presse tunisienne et les médias internationaux.

 

Un certain «Ridha Chiheb Mekki alias Ridha Lénine», 66 ans, militant de gauche endurci, qui est présenté comme le cerveau de sa campagne électorale et le  concepteur de son projet présidentiel.

 

Une recherche Google portant sur le nom «Ridha Chiheb Mekki» fait remonter plus de 21.000 occurrences. «Ridha Chiheb Mekki -Lenine» est le nom complet utilisé également pour son compte Facebook toujours actif.

 

Plus qu’une éminence grise, «un frère» et un «compagnon de route»

On ne peut comprendre le «fonctionnement» de Kaïs Saïed si on n’examine pas le profil de son éminence grise. Ils se sont connus à la faculté de droit de Tunis à l’aube des années 80. Rhida «Lénine» revendique être « depuis des décennies, le frère, l’ami et le compagnon de route» de Kaïs Saïed. Or, ce dernier est austère, rigoriste, religieux. Par contre Ridha «Lénine» serait tout le contraire. Mais les deux entretiennent des débats d’idées en permanence.

 

Il est évident que ces deux profils, qui font entrecroiser «le vert et le rouge», illustrent l’absence d’une pensée structurée et cohérente au sommet de l’Etat tunisien.

 

Cela a grandement facilité pour Alger et Téhéran le déploiement d’une stratégie d’influence pour essayer de faire basculer la Tunisie dans leur giron. Ce bric-à-brac idéologique, hybride et obscur, bricolé par Saïed et Rhida «Lénine», fonde incontestablement une démarche politique inconséquente et aventureuse.

 

Alger et Téhéran sont toujours à l’affût des signes d’affaiblissement d’un Etat pour l’enfoncer encore plus dans le désordre, conformément à leurs objectifs respectifs de dictature malveillante. La junte pour que tous les pays du voisinage soient dévastés comme l’Algérie, prise en otage depuis 1962. Et les mollahs pour éradiquer la doctrine sunnite et la remplacer par le chiisme. Une feuille de route pérenne qui vient de la nuit des temps.

 

La presse tunisienne s’est souvent interrogée si Kaïs Saïed était un «communiste-islamique»? Une telle monstruosité idéologique ne peut évidemment mener que vers l’impasse.

 

N’ayant jamais été une figure marquante du «printemps» tunisien, Saïed s’est présenté aux élections présidentielles d’octobre 2019 comme candidat indépendant, sans appartenance partisane.

 

Au-delà de sa langue de bois sur la justice, l’égalité sociale et la démocratie directe (pour tenir à distance la classe politique que lui et son mentor détestent), il s’est fait remarquer par un profil terne et un populisme balourd. Rouler dans un véhicule vétuste, rencontrer des électeurs dans des cafés, refuser le soutien des médias et de tout financement public ou privé… Il a surtout mené une campagne de terrain, au contact des jeunes des zones défavorisées qui ont été ses principaux relais électoraux.

 

Sa popularité auprès de larges couches de l’électorat est due principalement à  Ridha «Lénine» qui a encadré le terrain par le biais de cellules et comités locaux.  Des techniques qu’il a pu voir fonctionner lors de son détachement en 2011 au Bahreïn, en tant que professeur d’instruction civique.

 

Des méthodes chiites, une fascination pour les mollahs d’Iran

Une séquence importante dans son parcours: lors des révolutions arabes, et pendant qu’il enseignait à Manama, les autorités du Bahreïn ont noté chez lui un activisme en lien avec un groupe chiite bahreini opposant. Son contrat fut résilié et il revint à Tunis.

 

A son retour, Ridha «Lénine» fonda le mouvement «Forces de la Tunisie Libre»  pour prôner la «démocratie directe», adoptée, plus tard, par Kaïs Saïed. Il créa des  comités locaux et régionaux qui furent le modèle pour la campagne électorale de son ami. Des organisations coordonnées de manière horizontale et inspirée de la méthodologie chiite, basée sur des structures populaires, source d’une prétendue «démocratie directe». Moqtada Sadr n’est pas loin!

 

De plus, selon les médias tunisiens, Kaïs Saïed n’a jamais caché sa fascination pour le régime des mollahs iraniens. En 2019, il a fait appel à l’ancien ambassadeur tunisien à Téhéran pour être son chef de cabinet. Il a aussi pris comme conseiller son frère Naoufel Saïed, admirateur de la pensée du sociologue et philosophe iranien Ali Shariati inspirateur la révolution des mollahs. Le coup d’Etat de Kaïs Saeid du 25 juillet 2021 illustre aussi un tropisme pour un régime présidentiel fort, inspiré du pouvoir du guide de la révolution iranienne.   

 

Entre les mains de la junte algérienne

Interrogé par Jeune Afrique en janvier 2020 sur le bilan des 100 premiers jours de Kaïs Saïed, Rhida «Lénine» déclara: «trop tôt pour juger! Le président essaie de trouver un équilibre. Il ne s’est pas beaucoup déplacé à l’étranger. Il ira à Alger, c’est indispensable».

 

L’«indispensabilité» et l’impératif du pèlerinage chez les généraux pour le président est assumé et revendiqué par le mentor.

 

Tout cela montre que ce binôme (de fait déconnecté de tout lien réel avec les partis politiques, la société civile et les forces vives) nourri par un magma idéologique mêlant islam, communisme, marxisme, sunnisme, chiisme, autocratie, avec une prétendue façade démocratique, allait tomber comme un fruit mûr entre les mains de la junte algérienne.

 

La seule différence, et elle est de taille, est que la Tunisie, civilisée, raffinée (et qui demeure grande, malgré les turpitudes actuelles) ne gère pas ses conflits dans la violence. C’est pour cela que personne ne comprend pas pourquoi Carthage (la cité mythique et millénaire) a accepté de se livrer à une dictature militaire féroce enfantée juste hier, en 1962.

 

Aujourd’hui, la junte fait avaler des couleuvres à Tunis, en usant des menaces de couper le gaz ou le faire payer cher, d’interrompre les prêts dérisoires, de stopper le flux des touristes algériens, de ne plus, dit-on, payer les fonctionnaires tunisiens…

 

En contrepartie, Tunis doit obligatoirement s’inscrire dans le projet existentiel des généraux d’affaiblir le Maroc… Rappelons à la junte qu’elle s’enfonce le doigt dans l’œil «jusqu’au coude» si elle pense isoler ou affaiblir le Maroc avec ces méthodes et manipulations  surannées.

 

Boussole réglée sur des généraux déboussolés

La junte aussi ne veut pas, non plus, que la Tunisie donne cette image de démocratie qui organise des élections correctes, ce que la junte abhorre. Pour cela, la déstabilisation et le désordre doivent être incessants en Tunisie.

 

Si le pouvoir tunisien actuel était véritablement conscient, sûr de lui et convaincu des innombrables atouts de la Tunisie, il ne se serait pas enfermé dans ce tête-à-tête mortifère avec la dictature algérienne. Il se prive d’immenses opportunités en réglant sa boussole sur des généraux eux-mêmes, déboussolés. Depuis quand la dictature algérienne peut-elle constituer un «modèle» pour la Tunisie ou pour tout autre pays?

 

Malheureusement, les sous-fifres illégitimes et dépourvus du sens de l’Etat qui dirigent aujourd’hui l’Algérie (et qui se sont radicalisés contre le Maroc) piétinent allègrement la souveraineté tunisienne. L’ordre obscène de déployer le tapis rouge pour un fantoche a été donné sans aucune retenue, et cela en sacrifiant les intérêts supérieurs de la Tunisie dont la junte se fiche.

 

A moins d’un sursaut, la Tunisie n’ira pas loin avec un président islamique sous influence d’un conseiller léniniste et le tout sous le regard intéressé d’Alger et de Téhéran!

 

Enfin, rappelons à ces voix tunisiennes amnésiques qui disent que le Maroc  n’aurait «jamais» aidé la Tunisie que l’accord de libre-échange entre les deux pays est nettement favorable à l’économie tunisienne. En 2021, le Maroc était le premier importateur au Maghreb de produits tunisiens pour 216,5 millions de dollars et il exporte juste pour 123 millions de dollars.

 

Les importations marocaines ont des effets démultiplicateurs sur l’ensemble de la machine économique tunisienne avec un impact direct sur l’emploi. Et la présence de nos institutions bancaires en Tunisie participent activement et qualitativement au marché financier tunisien. Y a-t-il une aide plus consistante et plus utile que celle-là?

 

Enfin, nous souhaitons rappeler ici que notre propos traite des dérives des régimes, et que nous vouons le plus grand respect aux peuples tunisien et algérien frères.