La Mauritanie accuse le Polisario de mettre en danger sa stabilité politique et économique

Des véhicules militaires du Polisario dans les parages du passage d'El Guerguerat.

Des véhicules militaires du Polisario dans les parages du passage d'El Guerguerat. . DR

Revue de presseAprès quasiment une semaine de blocage du trafic commercial terrestre entre le Maroc et la Mauritanie, Nouakchott vient de pointer du doigt la «mesquinerie» des actes que commet actuellement le Polisario à El Guerguerat. Entre dégâts et débats, la Mauritanie cherche une solution à ce problème.

Le 26/10/2020 à 16h54

Mis à part la rareté et la cherté de quelques produits agricoles, les marchés mauritaniens résistent tant bien que mal à l’embargo que l’Algérie et le Polisario sont en train d’imposer au pays, en envoyant des baltajias, qui servent de boucliers humains, bloquer le trafic international routier transitant par la frontière maroco-mauritanienne. Les échos de ces perturbations du marché mauritanien sont bien évidemment arrivés jusqu’aux plus hautes sphères de l’Etat.

A l’Assemblée nationale, la députée Zeïnebou mint Taghi, membre du parti islamiste Tawassoul et de l’Union mondiale des femmes, n’a pas mâché ses mots. Selon la vice-présidente du groupe parlementaire d’amitié mauritano-marocaine, le Polisario vient de faire preuve d’un «comportement mesquin, voire criminel» à travers le blocage du trafic commercial entre le Maroc et la Mauritanie. La députée a aussi estimé qu’un tel acte est de nature à mettre en danger non seulement la stabilité politique et économique de la Mauritanie, mais aussi celle de toute la région.

Pour leur part, les autorités officielles mauritaniennes ne sont pas aussi silencieuses qu’elles en donnent l’impression, mais s’activeraient en coulisses pour défendre les intérêts vitaux du pays. Surtout que le Polisario s’est invité dans le bras de fer qui oppose l’actuel président mauritanien, Mohamed ould Cheikh El Ghazouani, et son prédécesseur, Mohamed Ould Abdelaziz.

Plusieurs médias mauritaniens sont allés jusqu’à dire que l’ancien président mauritanien, sous le coup d’une interdiction de sortie de la ville de Nouakchott, en attente de son probable procès pour dilapidation à grande échelle des biens de l’Etat, aurait activé ses réseaux du Polisario pour le sortir de ce pétrin.

Ainsi, selon plusieurs sources, un groupe de Mauritaniens d’origine sahraouie, qui faisaient partie du pré-carré de Ould Abdel Aziz avant d’être écartés par Ghazouani, auraient profité de l’action du Polisario à la veille de la réunion du Conseil de sécurité, pour lui demander de frapper durement cette fois-ci l’économie mauritanienne en vue de mettre en difficulté le pouvoir mauritanien.

De son côté, le Polisario ne cesse ces derniers temps de distiller, dans ses médias, et sur incitation de ses protecteurs algériens, des articles dans lesquels il essaie de tendre non pas une perche, mais un piège à Mohamed ould Cheikh El Ghazouani. 

Le président mauritanien est ainsi invité à signer des accords avec le Polisario, en vertu desquels celui-ci garantira de ne plus bloquer le trafic commercial à El Guerguerat, et ce, en contrepartie du partage des droits de douane perçus par les Mauritaniens au niveau de ce passage! Une façon déguisée de pousser la Mauritanie à transformer ouvertement en reconnaissance active, la reconnaissance d'ores et déjà quasi-gelée de l’inexistante et pseudo-«rasd». En effet, de peur de la nocivité de l’Algérie voisine et plus puissante, la Mauritanie traîne toujours cette reconnaissance comme un boulet depuis qu’elle l'avait décidée au nom du pays, par un de ses anciens présidents d’origine sahraouie, le colonel Mohamed Khouna ould Haidalla -né tout près d’El Guerguerat, soit dit en passant.

Dans ce débat agité qui a cours actuellement au sein de l’opinion publique et du microcosme politique, qui dénoncent les manœuvres du Polisario visant à faire payer le lourd tribut de ses tergiversations à la Mauritanie, le site alakhbar.info, qui a basé sa célébrité sur sa proximité avec les groupes terroristes du nord du Mali et du Polisario, s’est démarqué en étant le seul à prendre position contre son propre pays. Selon ce média, la Mauritanie est aussi responsable de la crise d’El Gueguerat pour ne pas avoir réussi son autosuffisance alimentaire en transformant un pays à 90% désertique en grenier. Une vision réductrice, qui oublie que le passage d’El Guerguerat est aussi le vaisseau nourricier des marchés pharmaceutique, industriel, automobile… Et ce, aussi bien de la Mauritanie que des pays subsahariens.

Par Mohammed Ould Boah
Le 26/10/2020 à 16h54