Le360 Actualités Maroc

ع
Greffe moelle osseuse - Intervention chirurgicale - Médicaments - Médecine

Ani Camacho, une Vénézuélienne dont le fils de cinq ans a besoin d'une greffe de moelle osseuse, montre ses médicaments lors d'un entretien avec l'AFP à Caracas, le 9 avril 2019.

© Copyright : Federico PARRA / AFP

Tribune. Histoires émouvantes du don de cellules sanguines entre frères et sœurs au Maroc

Par Anwar Cherkaoui le 26/09/2021 à 09h01

La greffe de cellules sanguines souches à partir d’un donneur sain pour le traitement de maladies cancéreuses du sang ou des déficits immunitaires sévères, des aplasies ou arrêt de la fonction de la moelle osseuse ou des anomalies de l’hémoglobine telles la thalassémie ou la drépanocytose, est en plein développement au Maroc.

aA

Adil, un nourrisson de 12 mois souffrant à sa naissance d’un déficit immunitaire sévère a récemment bénéficié d’une greffe de cellules sanguines saines prélevées chez sa soeur de 8 ans, à l’hôpital universitaire international Cheikh Khalifa (HUICK) de Casablanca. La petite Hiba, qualifiée médicalement de HLA identique 10/10, s’est avérée en situation génétique identique à son frère.

 

La pathologie dont souffre Adil regroupe un ensemble de troubles de l'immunodéficience, conduisant à des infections respiratoires sévères, d’apparition précoce et à un retard de croissance staturo-pondérale.

 

Cette greffe de cellules souches allogéniques ou allogreffe, implique le transfert de cellules souches d’une personne en bonne santé (le donneur) au corps d’un patient malade. Sachant que les cellules souches hématopoïétiques (CSH), sont à l’origine de toutes les cellules sanguines produites au cours de la vie d’un organisme humain vivant.

Tribune. Thalassémie, la valeur du sang 

 

Le prélèvement des cellules sanguines souches se fait sous anesthésie générale au bloc opératoire. Adil a ainsi bénéficié de la transfusion du greffon constitué de cellules prélevées le jour même chez sa soeur. Les suites sont heureuses, le petit patient a présenté une très bonne reconstruction hématologique et immunitaire.

 

Amina, 11 ans, souffrant d’une leucémie aiguë (cancer du sang) associant d’autres anomalies, a également bénéficé d'une allogreffe, grâce à un don de moelle osseuse de son frère, Wahid, âgé de 23 ans.

 

Cette thérapie a pu avoir lieu du fait que le donneur et le receveur sont HLA identiques.

 

Les deux allogreffes de la moelle osseuse se sont passées au bloc opératoire sous anesthésie générale, en milieu parfaitement stérile. Les candidats à la greffe ont été auparavant mis sous immunosuppresseurs et prophylaxie anti-infectieuses, antibiotique, antifongique et antiviral. Les défenses immunitaires étant presque réduites à zéro.

 

L’équipe de la greffe de l’HUICK a suivi un protocole dicté selon les recommandations Internationales en vigueur.

 

La collecte des cellules souches peut provenir du sang, de la moelle osseuse ainsi que du sang du placenta ou du cordon ombilical. Et la greffe de cellules souches hématopoïétiques (CSH) entre donneur sain et un malade, a été marquée dans son évolution par la multiplication des sources cellulaires utilisables (moelle osseuse, cellules souches périphériques à partir du sang, sang placentaire), l’élargissement  des donneurs mobilisables (intrafamiliaux, totalement ou partiellement compatibles), et surtout les modalités thérapeutiques entourant la greffe, particulièrement avec l’avènement des immunosuppresseurs, les possibilités de manipulations du greffon et son meilleur conditionnement… Sans oublier l’invention de nouveaux médicaments qui assurent les soins de support, tels les antibiotiques et les antifongiques.

 

Les indications de l’allogreffe se sont également élargies à de nombreuses pathologies, comprenant les hémopathies malignes ou cancers sanguins,  les maladies non cancéreuses du sang, mais néanmoins très graves, telles les aplasies médullaires congénitales ou acquises (arrêt complet de fonctionnement de la moelle osseuse), les hémoglobinopathies comme la thalassémie ou la drépanocytose ou encore les déficits immunitaires sévères, ainsi que certaines maladies de surcharge et des pathologies enzymatiques

 

2000 patients par an sont allogreffés en France et 24.000 par an dans le monde.

 

Par ailleurs, l’allogreffe de moelle osseuse est une activité bien développée en Algérie et en Tunisie.

 

Actuellement au Maroc, peu de centres exercent une activité de greffe de cellules souches du sang. Et l’absence d’un registre national de ce type de greffe, fait que nous ne disposons pas au Maroc de statistiques sur cette technique thérapeutique de pointe.

 

La plupart des patients se voient contraints de partir à l’étranger pour bénéficier de cette thérapie, soit sur leurs propres frais, ou lorsque le patient bénéficie d’une couverture médicale, cela coûte plusieurs dizaines de milliers de dirhams. 

 

La réalisation d’une allogreffe répond à plusieurs impératifs, notamment l’hospitalisation se fait dans une unité, qui répond à un cahier des charges très précis et très rigoureux: disponibilité d’un système précis qui permet une filtration permanente d’air conditionné pour éliminer tous les risques de contamination par l'air.

 

L’eau est également bactériologiquement maîtrisée avec la mise en place de filtres à chaque point d’eau.

 

Le personnel est vêtu d’une surblouse, qui est changée à chaque visite, d’une charlotte, d’un masque et de surchaussures.

 

Le personnel soignant est composé d’une équipe d’hématologues oncologues pédiatres, d'hématologues cliniciens, d’un major infirmier, d’infirmiers formés à la greffe de CSH, dont une infirmière coordinatrice de la greffe, d’aides soignantes, d’une diététicienne, d’une assistante sociale et d’une équipe de kinesitherepeutes.

 

Ces dispositions rendent la greffe de moelle très complexe et très coûteuse.

 

Ajoutez à cela, la prise en charge des patients en unité de greffe qui répond à plusieurs protocoles préétablis afin d’assurer la sécurité des malades.

 

Le lavage simple et une hygiène corporelle du personnel stricte. L’alimentation autorisée doit être stérile et associée à une décontamination digestive par une antibiothérapie et des traitements antifongiques adaptés.

 

La toilette doit être quotidienne avec du savon doux et les vêtements et les sous-vêtements doivent être changés tous les jours.

 

La réfection de la chambre doit être quotidienne (mobilier, salle de bain et sol, draps stériles).

 

Et avant de procéder à la greffe de cellules sanguines souches, prélevées chez un donneur sain compatible, il faut s’assurer de trois conditions.

 

Tout d’abord, assurer une myelo-ablation, c'est-à-dire supprimer la moelle malade et éliminer, le plus possible, de cellules tumorales du receveur pour pouvoir les remplacer par la moelle saine du donneur.

 

Ensuite, réaliser une lympho-ablation, supprimer les lymphocytes (variétés de globules blanches), pour éviter le rejet, et enfin, obtenir un effet anti-cancéreux.

 

Le conditionnement induit une aplasie médullaire dite thérapeutique, qui s’accompagne d’anémie, d’un risque hémorragique et infectieux.

 

De ce fait, le patient est hospitalisé, dans l’unité de greffe en secteur stérile, 15 jours avant la date de la greffe.

 

Le jour J, c’est à dire le jour de la greffe, les cellules injectées vont alors se loger dans la moelle osseuse et produire au bout de 20 jours environ les nouvelles cellules du sang.

 

Le patient reste hospitalisé en chambre stérile pendant au moins 6 semaines.  L’investissement en termes de temps, de patience et d’affection, particulièrement pour les mamans, est immense, pendant toute cette période. Elle est plus longue encore en cas de complications.

 

Le suivi est assuré en soins intensifs, en hôpital de jour, pendant trois mois en moyenne puis en consultation pendant plusieurs années, afin de parer à tout risque infectieux ou immunologique qui peut provoquer le rejet du greffon.

 

Le 100e jour après la greffe, le malade ayant bénéficié de tous les traitements adjuvants indispensables, doit faire un bilan complet.

 

En règle générale, du jour de la greffe à six mois, il est recommandé au patient de ne pas s’éloigner du centre de greffe du fait du risque d’infections et de rejet du greffon. Il doit garder un contact étroit avec son centre de greffe. D’autant plus, que durant cette période, il court le risque de contracter une infection virale saisonnière banale. Pire, un zona peut être déclenchée.

 

De ce fait, un certain nombre de situations doivent être évitées à tout prix: aller dans la foule et dans les lieux pollués, prendre les transports, se baigner à la mer ou en piscine, avoir un animal de campagnie et avoir des rapports sexuels non protégés.

 

Dans d’autres circonstances, l'exposition au soleil est aussi est interdite pendant au moins 2 ans.

Tribune. Au Maroc, on ne meurt plus d’un cancer comme avant 

 

Enfin, pour le développement du traitement de nombreuses maladies par la greffe de cellules sanguines souches, des registres nationaux de donneurs volontaires doivent être constitués, ainsi que des banques de cellules souches et de sang de cordon ombilical à l'échelle nationale, comme c’est le cas pour les pays où cette technique thérapeutique est très développée. Cela permettra de trouver un donneur potentiel, même dans le cadre de groupes HLA extrêmement rares.

 

Ces deux belles histoires de don et de greffe de cellules sanguines souches, appelées, cellules souches hématopoïétiques (CSH), pour guérir certaines formes de cancers du sang ou de pathologies sanguines non cancéreuses mais graves, illustrent le savoir-faire des équipes médicales spécialisées en hématologie et en pédiatrie de l'Hôpital Cheikh Khalifa à Casablanca ainsi que celles de l’Hôpital militaire d’instruction Mohammed V de Rabat.

 

La faculté de médecine relevant de l’Université Mohammed VI des Sciences de la  Santé de Casablanca et la Faculté de médecine et de pharmacie de l’université Mohammed V de Rabat, par le truchement des docteurs Jihane Toughza, Inssaf Al Ammari et Amor Agd, ont beaucoup contribué à la réussite de cette prouesse thérapeutique. 

 

*Le Dr Anwar Cherkaoui est médecin. Lauréat du cycle supérieur de l'Iscae, il a été, trente années durant, le responsable de la communication médicale du CHU Ibn Sina de Rabat.