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Vidéo. Cannabis thérapeutique: une opportunité à saisir pour le Maroc, selon les médecins et les scientifiques

Par Mehdi Heurteloup et Khadija Sebbar le 13/03/2021 à 13h17 (mise à jour le 13/03/2021 à 13h31)

Réunis lors d’un débat, organisé par l’Association des Médecins Internes de l’Université Mohammed VI des Sciences de la Santé (AMIUM6SS), le vendredi 12 mars à Casablanca, psychiatres, addictologues, professeurs, médecins et scientifiques ont abordé le sujet du cannabis thérapeutique sous le thème: "Quels défis et quels enjeux pour le Maroc".

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En adoptant le projet de loi 13-21 relatif à l’usage légal du chanvre indien, le jeudi 11 mars dernier, le conseil du gouvernement a ouvert la voie à son adoption et à l’usage du cannabis à des fins thérapeutiques au Maroc.

 

Pour débattre de ce sujet, le comité scientifique de l’Association des Médecins Internes de l’Université Mohammed VI des Sciences de la Santé a réuni de nombreux éminents spécialistes. Le Pr. Driss Moussaoui, fondateur du département de psychiatrie et d’addictologie au sein du CHU Ibn Rochd de Casablanca; la Pr. Roukaya Benjelloun, Professeure universitaire en psychiatrie et addictologie; le Pr. Jaafar Heikel, épidémiologiste et économiste de la santé. Mais aussi le Dr. Chakib Guessous, docteur en anthropologie et sociologie politique; le Dr. Hachem Tyal, psychiatre, psychanalyste et addictologue et la Pr. Meriem El Jemli, professeure, chercheuse à la faculté de pharmacie.

 

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Sujet tabou, le cannabis à une mauvaise réputation. Cette plante, utilisée, en grande majorité, à usage récréatif, devient addictive et fait des ravages au sein de la jeunesse marocaine. Et cela facilite les amalgames concernant son usage thérapeutique.

 

«Traditionnellement le cannabis a toujours été à usage récréatif. Or, aujourd'hui, le projet qui est posé sur la table est un projet pour changer le cannabis, que nous plantons au Maroc pour en faire du cannabis à usage médical. Ce sont deux plantes totalement différentes mais dans l'esprit des gens c'est très difficile pour eux de comprendre. Je pense qu'il va falloir une grande campagne de communication pour faire comprendre à la population quel est le but et qu’elle sera la finalité», explique le Docteur Chakib Guessous, socio anthropologue.

 

Légalisé dans plus de 50 pays à travers le monde, le cannabis a récemment été retiré par l’ONU de la liste des stupéfiants. Ce changement de paradigme à ouvert la voie à la recherche scientifique et à l’usage médical de cette plante dont les composants se sont avérés efficaces dans le traitement de nombreuses maladies. En particulier pour des maladies neuro-dégénératives, inflammatoires ou encore des soins palliatifs pour les cancers.

 

«Le cannabis a été assimilé à toutes les autres drogues sans savoir quels étaient ses spécificités. On l'a mis de côté, à juste titre, par rapport au Tétrahydrocannabinol (THC) et aux désastres qu'il peut entrainer. Mais il y a autre chose et c'est cette autre chose qu’il est important de s'appesantir et de travailler. Je pense que le Maroc a quelque chose à donner par rapport à cela. Nous avons des chercheurs hors pair, nous avons des compétences, on l'a vu avec le Covid. Je pense qu'il faut donner un sacré coup de pouce à la recherche dans notre pays à travers cela. Nous en avons les moyens. Il faut y croire et avancer», confie le Docteur Hachem Tyal.

 

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En plus de la recherche et de la science, l’utilisation du cannabis à usage thérapeutique peut avoir un impact économique sur le Royaume.

 

«Les agriculteurs qui cultivent les champs de cannabis le font sur des terres très pauvres où peu de chose pousse en dehors du cannabis. Aussi ils sont dans des montagnes reculées où la pauvreté est importante. Donc, aujourd’hui, la problématique est celle-là: il faut faire comprendre à la population ce qui est mis sur la table avec ce projet de loi», souligne Chakib Guessous.

 

Ce projet de loi, en plus d’un levier pour désenclaver certaines régions, pourrait aussi impacter les patients, selon le Professeur Jaafar Heikel.

 

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«Je pense que le Maroc a tout à gagner sur le plan médical mais aussi sur les plans économique et social. Dans le cadre d’un marché structuré et sain, les retombées, aussi bien pour les producteurs que pour l’Etat ne pourront être que positives mais aussi pour les patients. Les patients qui ont des maladies chroniques dont des douleurs chroniques dans le cadre de soins palliatifs, leurs dépenses sont extrêmement importantes. Si on peut leur ajouter à l'arsenal thérapeutique qui va les soulager et un moindre prix c'est également un gain économique pour les ménages. Je rappelle que 60% des dépenses de santé aux Maroc sont supportées par les ménages», explique-t-il.

 

Si, au niveau politique, le projet de loi fait des émules et divise, notamment au sein du PJD, les scientifiques, eux, voient d’un bon œil ce projet de loi et appellent à éviter les amalgames quant aux futurs usages du cannabis au Maroc.