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Le foot, ce n’était pas mieux avant!

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Les matchs ressemblaient à des parties de chasse ou de fantasia. Ça avait son charme, si on veut. Mais de là à dire que c’était mieux avant…
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Il faut parler de ce désert qu’est la presse sportive dans ce pays. Le journalisme sportif est un genre à part, qui a ses règles, ses codes. Commenter et analyser un match, en direct à la radio ou à la télévision, ou d’une manière plus «froide» dans un journal écrit, cela suppose un certain prérequis, un background, de la culture. C’est le b.a.-ba du journalisme sportif.

Avant tout, il faut savoir de quoi on parle, c'est-à-dire connaitre les règles du jeu, les noms des joueurs, le passé des clubs. Et il faut être un tant soi peu objectif. Un journaliste n’est pas un ultra, qui regarde un match avec son cœur. Il doit décrire ce qu’il voit, mais il doit aussi voir plus loin, pour donner du sens, éclairer la lanterne de ce supporter lambda.

Tout cela peut être enseigné dans les écoles. Mais il vient aussi plus sûrement en lisant les bons journaux, en écoutant les bons speakers ou analystes.

Au Maroc, nous sommes à une étape embryonnaire du développement. Nous avons construit des stades, rénové des pelouses et des tribunes, «requalifié» des clubs en les dotant d’un statut juridique, redéfini les rapports qui lient les joueurs à leurs employeurs, jeté les bases d’un football professionnel. Et tout cela a déjà donné un «fruit» puisque nos clubs, aujourd’hui, dominent le football africain.

Mais nous avons oublié de «requalifier» la presse sportive!

La multiplication du nombre de sites dédiés, des paris sportifs, des offres de «streaming» (retransmissions des matchs en direct), de la petite information (souvent la même) relayée pour ne pas dire «recopiée» partout, tout cela n’a rien changé au fond de l’affaire. Nous n’y sommes toujours pas.

Les débats entre «spécialistes» tournent au pugilat. Quand ils ne s’insultent pas, ces spécialistes se jettent des fleurs et se montrent complaisants. Ah la belle époque, racontent-ils…

Parlons-en justement, de cette belle époque. Nous avions, à la télévision, des «spécialistes» qui commentaient les matchs en confondant les noms des joueurs, en écorchant les noms des clubs, en faisant preuve d’une culture tactique et d’une culture tout court proches du néant. Et en se montrant racistes (le fameux «Al Adghal Al Ifriquiya», traduisez «la brousse ou la jungle africaine», régulièrement employé quand ils évoquaient les déplacements de la sélection et des clubs marocains en Afrique noire).

Un certain speaker est même arrivé un jour à confondre Roger Milla et Merry Krimau. Parce qu’ils sont tous les deux noirs de peau? Ou simplement parce qu’il n’y connait que dalle, au foot?

Le même génie, n’arrivant pas à prononcer certains noms de clubs (sans doute parce qu’il ne lisait pas la presse sportive internationale), a fini par nous parler d’un club…nommé «Tottengham», qui n’existe pas, et qui n’est qu’un croisement phonétique entre Tottenham et Nottingham Forrest. C’est vous dire le niveau!

Il y a aussi le cas des anciens joueurs qui écument aujourd’hui les plateaux de la radio et de la télévision. A quelques exceptions près (un Fettah Alaoui, un Abdelhak Souadi, un Moussa N’Daw), ils n’ont strictement rien à dire. Les meilleurs d’entre eux, capables de «comprendre» un match de football, ont migré vers d’autres cieux (cas de l’excellent Youssef Chippo, aujourd’hui consultant à beIN Sports) ou choisi de redevenir entraîneurs (Said Chiba ou Houcine Ammouta). Les autres semblent parler du football en regardant leur montre, histoire de tuer le temps. Rien d’autre. Parce qu’ils n’ont rien à dire.

C’était mieux avant, c’est tout ce qu’ils savent dire. Ce qui est la chose la plus stupide qui soit. Parce que le foot, ce n’était pas mieux avant. Il ne faut pas exagérer. C’était différent. Le championnat marocain se jouait, en grande partie, sur des terrains bosselés et des champs de patates (les stades de Benslimane ou Sidi Bernoussi, pour ne citer que ces exemples). Ou alors sur des surfaces en terre battue (le stade Achoud à Rabat, Salé, Khouribga, Nador, le stade Philips et celui de l’Etoile à Casablanca, etc.).

Les matchs ressemblaient à des parties de chasse ou de fantasia. Ça avait son charme, si on veut. C’était drôle, il y avait souvent de la bagarre, on ne marquait pas beaucoup de buts. Les joueurs doués jouaient pour la parade, collectionnaient les petits ponts et les passes latérales, mais ils n’avaient ni de grandes capacités physiques, ni un sens tactique poussé.

Et que dire des gradins, des vestiaires, des classements publiés avec beaucoup d’erreurs, des confusions sur le nom des buteurs, des «analyses» qui n’allaient pas plus loin que «on a mouillé le maillot national» ou «Allah était de notre côté»…

Nostalgie à part, ce n’était pas mieux avant. Et heureusement!

Par Footix marocain
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