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De la rivalité à l’émulation, une vertu du sport

Maroc-Algérie (27-28) lors de la Coupe du président de handball, samedi 21 janvier 2023. © Copyright : DR
À côté de l’équipe préférée, il y a toujours une équipe que l’on aime détester, idem pour les joueurs! Cela n’a absolument rien à voir avec le talent, la force des équipes, la qualité des joueurs ou le palmarès des uns et des autres.

La rivalité est le sel et le poivre de toutes les compétitions sportives. Elle est à l’origine de la performance des sportifs qui veulent toujours aller plus vite, plus haut et plus fort. Elle va plus loin et ne concerne pas que les acteurs, les sportifs, elle concerne aussi le public, les supporters et les dirigeants. Il ne faut surtout pas croiser un supporter un soir de défaite, en revanche il sera euphorique au moins jusqu’au match suivant en cas de victoire.

Le supporter s’identifie au club, il est le club. Il va dire «nous avons gagné!» avec beaucoup d’assurance et d’aplomb, comme s’il avait participé au match, qu’il a la plupart du temps regardé à la télé.

À côté de l’équipe préférée, il y a toujours une équipe que l’on aime détester, idem pour les joueurs! Cela n’a absolument rien à voir avec le talent, la force des équipes, la qualité des joueurs ou le palmarès des uns et des autres. À Barcelone, il existe des supporters de l’Espagnol alors que logiquement tous les Catalans devraient supporter le Barça, idem pour Madrid, ou Munich où l’on trouve encore des supporters de Munich 1860 (actuellement en 3ème division) – dans une ville qui abrite le Bayern, un des clubs les plus prestigieux du monde.

C’est encore plus intense lorsqu’il s’agit d’équipes nationales. Ce samedi, la plupart des Marocains ont appris que le Maroc participait au Championnat du monde de handball et qu’il allait affronter l’Algérie, Champion d’Afrique 8 fois et dont le palmarès est beaucoup plus fourni que le «nôtre». Alors que l’Algérie a pratiquement toujours mené au score, et nous devançait de 2 points à quelques minutes de la fin du match, l’équipe nationale marocaine a opéré une «remontada» spectaculaire pour gagner finalement 28-27. Les réseaux sociaux se sont alors enflammés et l’information a vite fait de toucher tous ceux qui suivent le sport, sauf les médias algériens, et qui supportent les Lions de l’Atlas. Ce n’était pas un match important, mais battre le rival préféré, c’est sublime pour les supporters.   
  
Beaucoup d’entreprises dépensent des sommes colossales pour développer ce sentiment d’appartenance, pour fidéliser le client, ce n’est pas nécessaire en sport. Vous êtes supporters d’une équipe, pourquoi? On n’en sait rien mais vous ne la changez pas. Un supporter qui change d’équipe c’est qualifié de «coming out». Il aimait en cachette, sans le savoir, sa nouvelle équipe. Pas d’autres explications.

Les organisateurs de compétitions aiment surfer sur ces rivalités et sur des rivalités avec d’autres pays et d’autres clubs. Depuis que la Coupe du Monde a été organisée au Qatar, le centre de gravité du football s’est installé dans les pays arabes. L’Arabie Saoudite organise les Super Coupes d’Espagne et d’Italie, le Maroc le Mundialito, l’Egypte est candidate à l’organisation de la Coupe du Monde 2030, sans parler de la CAN qui suscite d’énormes convoitises.   

Cette rivalité est aussi alimentée par des personnalités sportives. Dans les sports individuels, par exemple en tennis, on a connu la rivalité entre Federer et Nadal, Connors et Borg, Mac Enroe et Borg. Cela s’est vu en football aussi, même si c’est moins fréquent.

En effet, chaque époque a été dominée par un joueur, qui écrasait de sa classe tous les autres. Il y a eu Larbi Ben Barek –dont l’essentiel de la carrière a été éclipsé par la suspension des compétitions lors de la Deuxième Guerre mondiale, Pelé, Maradona et d’autres Sud-Américains ainsi que tous ceux qui ont eu le privilège d’obtenir des Ballons d’Or, signe de leur domination à une époque précise. Les seules véritables rivalités individuelles qu’a connues le football, ce sont les rivalités Johan Cruyff-Franz Beckenbauer et Messi-Cristiano Ronaldo. On aurait pu citer la rivalité Zidane-Ronaldo (R9), mais ils ont joué ensemble et leurs personnalités étaient trop consensuelles pour générer un débat.

Franz Beckenbauer et Cruyff c’est une rivalité qui a duré 7 ans, de 1969 à 1976. C’est Beckenbauer qui s’est fait connaitre le premier dès la Coupe du Monde 1966, avant de voir arriver Cruyff en 1969 lors d’une demi-finale mémorable face à Benfica. Les deux ont révolutionné le football mondial.

Cruyff a créé le poste d’attaquant volant et a appliqué sa conception du football plus tard en tant qu’entraineur. On doit à Franz Beckenbauer une nouvelle conception du poste de libéro. C’est le premier qui a sorti les ballons proprement, en phase d’attaque adverse, pour faire du libéro le premier contre-attaquant. En tant qu’entraineur, il a tout de même remporté une Coupe du Monde et restera pour toujours le premier entraineur à observer les matchs de son équipe debout.

Aujourd’hui on a même créé une zone de coaching dans tous les stades. Leurs clubs respectifs, Ajax et Bayern, ont gagné trois Coupes d’Europe des Champions successives (l’ancêtre de la Ligue des Champions). Mais comme ils ne jouaient pas dans le même championnat, Cruyff ira ensuite à Barcelone en 1973, et pas au même poste. Néanmoins, leur rivalité n’a pas été aussi marquante que celle qui a opposé Cristiano et Messi.

Cette rivalité est probablement la plus importante de l’histoire du ballon rond et les dirigeants du football saoudiens ne s’y sont pas trompés lorsqu’ils ont invité le PSG de Messi pour un match de gala. Le premier Ryad Season Team a ainsi opposé le PSG à une entente Al Hilal (qui représente l’Asie en Coupe du Monde des clubs) et Al Nassr, le club qui vient de recruter Cristiano. Un beau match, une excellente prestation des meilleurs joueurs du monde.

Toutes ces rivalités améliorent les niveaux, une victoire permet de valider une stratégie, une défaite assumée permet de revenir plus fort. Sauf quand on nie la réalité et qu’on la cache. Dans ce cas, la rivalité ne suscite pas l’émulation, au contraire.

Par Larbi Bargach

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