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Enquête. Les raisons du surendettement asphyxiant des clubs de la Botola

Le Comité directeur de la FRMF © Copyright : DR
La crise du Raja n’est que l’arbre qui cache la forêt. Les clubs marocains connaissent de graves dysfonctionnements. En toile de fond de la crise, le passage des clubs du statut d’association à celui de société anonyme et la gestion de la commission nationale de contrôle de gestion. Décryptage.
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Lors des journées nationales du football qui ont été organisées les 30 et 31 mai 2016 à Skhirat, les dirigeants des clubs n’avaient pas bonne mine. Ils n’ont pas, d’ailleurs,  caché leur inquiétude face à la loi qui exige la  transformation de leurs associations en sociétés anonymes. Et pour cause, ils ont du mal à se débarrasser d’un statut vieux de près de soixante ans qui leur permet tous les excès sans rendre de compte à personne.

Le passage de l’association à la société anonyme étant synonyme de transparence et par définition sujet à un contrôle strict et à une fiscalité rigoureuse. Quand on sait que les responsables rechignent à restructurer leurs clubs depuis plus de 5 ans, on comprend que leur fausse mine n’était qu’un leurre. Leur intention étant de retarder, encore davantage, l’application de la loi sur le sport qui leur impose une gestion de leur entreprise dans le respect des normes comptables en vigueur.

Il faut avouer que leur stratégie a, encore une fois, réussi puisque la fédération royale marocaine de football (FRMF) leur a accordé une autre année de sursis. Difficile de comprendre les atermoiements de la FRMF quand on sait que la loi 17/95 a été promulguée en 2010.  Le législateur avait donné aux clubs un an de période transitoire pour se conformer à ses dispositions. Ce qui suppose que depuis 2011 les clubs sont  en infraction totale avec la loi. Pourtant il est prévu des astreintes à l’encontre des clubs qui ne se conformeront pas à la loi entre amendes et autres sanctions sportives. Sauf que les responsables de la  commission nationale de contrôle de gestion (CNCG), en charge de ce dossier, ont éludé ces dispositions en adoptant une approche dite «pédagogique».

Le président de ladite commission, Abdelaziz Talbi, étant le précurseur de cette méthodologie trop flexible jusqu’à friser la soumission. Pis encore, Talbi dramatise pour faire passer son message : «Si on applique les textes, ces mesures auront un effet de bombe atomique sur le monde football au Maroc». Les dirigeants des clubs qui détestent la transparence et versent dans les débordements ne trouveront pas meilleur avocat que Talbi.

Des transitions pour que rien ne change

Quand on fait savoir au président de la CNCG que la loi a pris un retard de cinq ans avec toutes les conséquences négatives sur notre football, ce dernier dégaine avec les textes d’application qui ont tardé à venir mais il persiste et signe : «On ne peut pas changer  d’un jour à l’autre les habitudes de gestion des associations qui remontent à des décennies. Aussi fallait-il aborder ce changement avec beaucoup plus de pédagogie que de sanctions. Nous avons donc entamé notre approche avec l’esprit d’accompagner les clubs dans cette transition en les aidant à se restructurer.»

Résultat des courses: les dirigeants de clubs auront une autre année blanche puisque la loi sur le sport ne sera applicable que lors de la saison 2017/ 2018. Dans le meilleur des cas, bien  sûr,  car il est tout aussi probable qu’un obstacle  vienne reporter sa mise en œuvre. D’autant plus que la commission de contrôle de gestion a engagé cinq cabinets d’audit pour éplucher les comptes des clubs. Cela prendrait du temps et de l’argent sachant qu’un premier audit  a été effectué il y a quelque temps.

Un audit qui a permis aux membres de la commission de conclure que seulement trois clubs répondent aux critères de gestion requis. Il s’agit du FUS, du WAC et… du Raja.

Les dysfonctionnements du Raja, l’arbre qui cache la forêt

On croit rêver, le Raja qui alimente toutes les polémiques ces derniers jours avec un surendettement record, est considéré comme un bon élève dans la gestion.
Pourtant le rapport financier publié lors de l’AGE, fait ressortir des chiffres  accablants: des dettes exigibles de plus 60 millions de Dh dont 15 MDH dus aux fournisseurs, 31 MDH d’arriérés de salaires et de primes, 8 MDH de découvert bancaire, 1 MDH de cotisations impayés à la CNSS… et 11 MDH comme avance accordé par Boudrika au club.

La preuve que la gestion de l’association selon la loi du 15 novembre 1958 est sujette à tous les dysfonctionnements: absence de vision, impunité, inflation injustifiée des salaires et autres primes, surendettement. Jaouad El Amine, un adhèrent influent du Raja, n’en revient pas : «C’est insensé ce qui s’est passé lors de l’assemblée générale du Raja du 19 juin courant. Le rapport financier qui dévoile un surendettement excessif, n’a été approuvé par personne. Seul le président sortant, Mohamed Boudrika, l’a validé. A preuve le représentant de la FRMF l’a signalé dans son rapport au bureau fédéral.»

Et d’ajouter : «Mais au delà de ce fait, le Raja court vers la banqueroute car ses ressources sont limitées et ses engagements sont excessifs. Le commissaire aux comptes l’a rappelé d’ailleurs lors de l’AGE quand il a affirmé qu’étant donné l’insuffisance des ressources, la pérennité du club est tributaire de l’apport des fonds propres de la présidence.»

La crise financière du Raja n’est pas un cas isolé dans la Botola Pro, bien au contraire elle est annonciatrice d’un tsunami de déficits chez la plupart des clubs. L’AS FAR croule devant de nombreux litiges. Le HUSA, le KAC et d’autres clubs n’ont pas de quoi payer les salaires des joueurs. Le bus du MAS a été saisi pour non paiement d’un fournisseur. Et la liste n’est pas exhaustive.

L’OCS, qui est pourtant sponsorisé par l’OCP à niveau de 16 MDH, cumule une dette de 20 MDH. Au WAC, on ne communique rien et le rapport financier est tenu au secret, même si le président Naciri a épongé les dettes du club. Le monde du football est très complexe, dans la mesure où s’y s’entremêlent le sportif, le politique, l’économique et les intérêts personnels. Autant dire qu’il est difficile pour quiconque qui n’est pas du milieu, de l’appréhender.

Ces dysfonctionnement sont aussi la preuve d’une absence totale de vision ou de projet pour le club. L’horizon dépasse rarement celui du prochain match à jouer et la navigation à vue est ce qui caractérise le mieux la majorité des clubs marocains de football.

Des anciens du ministère des Finances aux rênes du football

Talbi est peut être un financier compétent, tout comme les comptables qui siègent à la fédération, mais cela ne suffit pas à apprivoiser les acteurs du football. La maîtrise de l’environnement du football ainsi que de ses réalités n’apparaît pas à l’épreuve du terrain. Anciens cadres du ministère des Finances pour la plupart, les membres de la CNCG ont une vision déterminée par des impératifs comptables. Ils se concentrent sur des sujets secondaires (transformation des clubs en SA, imposition des joueurs) et négligent le plus important : pointer du doigt les vrais problèmes où pataugent les clubs, et dont la crise du Raja est un indicateur majeur, pour permettre l’élan du football national.

A preuve, l’approche pédagogique que prône la CNCG a montré ses limites sur une période de cinq ans d’adaptation. Les mesures coercitives sont plus adaptées à cette situation, d’autant plus que l’ancien bureau fédéral a prévu des sanctions à l’encontre des récalcitrants. A défaut de rétrograder les clubs fautifs, il est nécessaire avant l’ouverture du mercato de prendre des décisions fermes. Comme par exemple interdire le recrutement pour tout club qui doit des créances de plus de trois mois à un joueur, ou encore à tout club ayant des  litiges objet de jugement définitif de la FRMF. Pour éviter un surendettement démesuré, il faut plafonner les salaires à hauteur de 80% des recettes dans l’objectif de les réduire à 65% au cours de la saison 2018/2019.

Ceci étant  le passage de l’association à la société anonyme reste grandement tributaire d’une restructuration au préalable de la commission de contrôle de gestion. Il faut que cette dernière soit dotée d’une administration pérenne, qualifiée et autonome dans ses prises de décisions. Et surtout familiarisée avec l’environnement du football.

Par Hassan Benadad
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